Page 298 -15 juin 1941
Au pied du djebel Abu Atriz, à l'extrême droite de l'avancée française, Collet, fort de dix chars, subit également un très gros revers. A Nehja, en effet, spahis et Tcherkesses trouvent face à eux leurs anciens camarades de régiment. L'imbroglio est tel que, quelques jours auparavant, les patrouilles des deux camps se sont rencontrées, ont déjeuné ensemble et se sont rendu compte, à leurs rations (britannique pour les Free French), qu'elles appartenaient à deux camps opposés ! La bataille sera très violente. Appuyé d'automitrailleuses britanniques, un premier assaut coûte cinq chars aux Free French. Celui du carabin Jacques Hébert encaisse plusieurs coups au but. Deux obus arrachent sa tourelle, un troisième le culbute. Hébert tire son camarade Robédat jusque dans un fossé. Mais des tireurs les ont en joue. Un obus achève Robédat et blesse sérieusement à l'épaule Hébert qui parvient quand même à regagner ses lignes. Le char de son cousin, Louis Koenig, avec lequel il a fui la France, a également été frappé, ses deux occupants tués. Collet redonne l'assaut trois heures plus tard. Bien que trois blindés de Volvey soient à nouveau allumés, les spahis s'infiltrent dans les vergers et prennent Nehja que l'artillerie adverse noie sous les bombes. Cette fois, Collet doit ordonner le repli. Huit chars sur dix détruits, les spahis décimés, deux de leurs chefs de peloton tués. Le lieutenant de Villoutreys est porté disparu (Fait prisonnier, il est envoyé en prison en France. Aprés la convention d'armistice de Saint-Jean-d'Acre, il sera libéré et parviendra à rejoindre les unités FFL à Damas). Le bilan est catastrophique pour l'escadron des spahis constitué de quelques dizaines d'hommes : sept morts, deux disparus, vingt-quatre blessés dont le fougueux Ballarin.
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Les combats de Syrie ont employé tous les excès d'une guerre fratricide. Certes, ils ont été marqués par des signes de chevalerie, tels la reddition du capitaine Magny ganté de blanc, ou les politesses entre officiers supérieurs qui ne voulaient pas déshonorer leurs prisonniers en les désarmant. Mais beaucoup de Français Libres ne pourront sur tout oublier ce groupement de Marocains qui ont attaqué, rasoir en main, leur campement. Ou les deux avions français du 10 juin qui ont survolé le BIM, battu des ailes pour signifier leurs bonnes intentions, mais qui, au moment de virer, ont bombardé les positions, tuant un marsouin, Georges Boileau. Les spahis, quant à eux, gardent le souvenir de l'un des leurs, Mohamed Ben Naceur, qui, fait prisonnier, à été pendu, "à titre d'exemple".
Le bilan est très lourd : 164 tués, 650 blessés pour les Français Libres (1 000 et 2 500 pour l'Armée de Vichy). Rien que le BIM accuse 47 morts. Par ses batailles âpres et épuisantes, la Syrie barre pour longtemps les espoirs d'une réconciliation nationale dans la lutte contre un ennemi commun.