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" J’avais 18 ans en 1942 – j’en paraissais 16 – quand ma mère m’annonça que Mademoiselle Queffurus, l’Econome de l’E.P.S. désirait me parler. Je me demandais ce qu’elle avait à me dire puisqu’elle venait fréquemment à la maison parler à ma mère et à Mlle Le Bars, la modiste de la rue Savary, dans une pièce à l’arrière ; elle aurait déjà pu le faire, me semblait-il.
Mlle Queffurus, après m’avoir expliqué que beaucoup de Français n’acceptaient pas la défaite, ni la complicité du gouvernement, ni la présence d’armées étrangères qui faisaient la loi et, devant mon évidente approbation, me demanda si je ne voulais pas aider ces Français patriotes. J’étais prête à le faire et me mis aussitôt à sa disposition, trouvant cela tout naturel. Mlle Queffurus me fit de nombreuses recommandations, dont la discrétion absolue, y compris à l’égard de tous les membres de ma famille. Je devais apporter des documents importants chez un sculpteur parisien, M. Richier, de qui je devais retenir le nom et l’adresse sans jamais les écrire.
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Je n’ai connu son identité qu’à la libération de la Bretagne en 1944 ; c’était mon Chef supérieur, fondateur du réseau «Cohors-Asturies» auquel j’appartenais : Jean Cavaillès, universitaire et combattant déterminé.
A mon retour, j’ai rendu compte à Mlle Queffurus des péripéties de ma mission ; elle avait demandé à ma mère de l’avertir de mon arrivée, pleine d’angoisse sur mon sort et enfin rassurée. De ces jours date mon enrôlement homologué au réseau quimperlois avec ma mère, mon frère Louis, Mlle Le Bars, M. et Mme Lenogré, Quémeneur brigadier-chef des Eaux et Forêts, les charcutiers de la rue Brémond d’Ars : M. et Mme Barbier, Le Noc maraîcher. Un ancien élève de Cavaillès et comme lui philosophe, Jean Gosset, dirigea le réseau en l’absence de son créateur.
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Ancien élève de Cavaillès, il est professeur de Philosophie à Brest en 1938, puis à Vendôme. Démobilisé il y revient jusqu’en juillet 1941, sa détermination à résister à l’occupant lui fait demander sa mise en congé. Il a des amis en Bretagne, rencontrés en 1938 à Roscanvel, dans un colloque de la revue catholique «Esprit», Marie Queffurus, M. et Mme Dervieux. En vacances chez ces derniers, il tente de recruter à Brest en 1941, en vain ; poursuivi, il se réfugie à l’E.P.S. de Quimperlé, chez l’économe Mlle Queffurus qui lui donne son accord, comme les Dervieux, puis Mlle Le Bars. Tous étendent le mouvement à des gens sûrs.
En février 1942, il rencontre Cavaillès, entre dans son réseau en apportant les recrues bretonnes, parmi elles Yvonne Queffurus sœur de Marie, restauratrice à Concarneau. Mlle Le Bars a eu l’accord de son oncle Kervahut, instituteur qui recrute à son tour ; il en va de même à Pontivy avec les Dervieux. L’extension atteint Hennebont, Baud, Lignol, les régions de Quimperlé et de Quimper." Laurent Laloup le jeudi 02 octobre 2008 - Demander un contact La page d'origine de cette contribution Recherche sur cette contribution | |