Histoires de Français Libres ordinaires

 
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Une lettre du Levant de François Garbit

 


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Qui pourrait, mieux que François Garbit, parler de le France Libre et des combats qu'elle a menés contre ceux qui obéissaient à Pétain ?

Il n'écrivit pas pour être publié mais pour sa mère restée en France. Ces lettres, il ne pouvait pas les envoyer puisque le courrier ne passait plus.

Après sa mort, durant l'été 1941, des Français Libres ont décidé d'en faire un petit livre pour les faire connaître à leurs camarades de combat. Elles ont été publiée après la guerre dans l'annuaire de la 1e DFL, et encore récemment sous forme d'un livre.

Voici l'une de ces lettres qui explique clairement pourquoi des Français se sont battus contre d'autres Français.


Francois Garbit sur le site de l'Ordre de la Libération

Dimanche 22 Juin

12th General Hospital
R.A.M.C.
Middle East Forces

Ma chère Maman,

J'ai quitté le 23e hôpital écossais ou j'étais seul Français pour venir au 12e hôpital où j'ai trouvé plusieurs camarades, blessés comme moi. La comparaison de leurs blessures avec les miennes m'a montré que j'étais parmi les privilégiés du sort.

Du reste, je vais rapidement de mieux en mieux. Aujourd'hui on m'a donné une paire de béquilles avec lesquelles je fais de petits tours aux environs de notre bâtiment.

Il faut que je vous parle des raisons qui ont motivé l'entrée des alliés en Syrie. Je prendrai la chose d'assez loin. Il y a quelques mois je vous ai raconté ce qui s'était passé eu A.E.F. J'ignorais à peu près complètement ce qui avait pu se passer en France. Aujourd'hui, je comprends pas mal de choses. Une grande partie de mes informations viennent d'un Lyonnais, le Lieutenant-Colonel Génin qui était au 2e Bureau de l'E.M. de l'Armée et qui y resta jusqu'en Novembre 1940.

L'armistice fut signé en Juin 1940 par des chefs militaires de valeur, mais trop vieux pour pouvoir supporter sans faiblir le coup du désastre que nous venions de subir et par des chefs politiques poussés par beaucoup de raisons qui n'étaient pas toutes avouables.

On ne peut pas négocier en se livrant pieds et poings liés.

La reddition de l'armée métropolitaine était sans doute obligatoire. Celle de la Flotte et de l'Empire, intacts et puissants, était un crime. Parmi les raisons de cet acte, il faut compter la haine de certains marins français contre l'Angleterre et la méconnaissance, volontaire et complète, que le Maréchal Pétain avait de l'Empire, de ses ressources et de sa force. Mais il y avait aussi ce bas calcul : l'Angleterre sera vaincue dans un mois. La résistance est inutile. Une prompte soumission nous vaudra peut-être quelque indulgence... De l'honneur, il n'était pas question. Du reste on prétendait se justifier : la Flotte et l'Empire n'étaient pas livrés puisque l'ennemi s'engageait à ne pas s'en servir. On affectait de croire à la parole de Hitler !

Pour Garbit, la discipline n'explique pas l'obéissance à Vichy

Dans l'Empire, la signature de l'armistice provoqua un tollé. Mais, très vite, certains chefs désireux de conserver leur place se rallièrent au gouvernement. D'autres, quoique désapprouvant entièrement la capitulation, ne se sentirent pas de force à assumer la responsabilité de la résistance et s'abritèrent lâchement derrière un faux sentiment de discipline. Les uns et les autres trouvèrent certains de leurs subordonnés tout prêts à accepter la solution la plus facile, celle de la soumission, et endormirent les autres par de belles paroles.

Seule l'Afrique Equatoriale Française évita le piège et se rallia au mouvement de la France Libre.

Garbit reproche clairement à de Gaulle de ne pas avoir attaqué Dakar. Il fallait faire comme au Gabon.

En A.O.E, une grande majorité de militaires et de fonctionnaires étaient partisans du mouvement. Mais à Dakar gouvernait M. Boisson, homme énergique, fort habile, jeune et qui avait misé sur Vichy. Le Général de Gaulle crut cependant qu'il lui suffirait de se présenter fin septembre 1940 devant Dakar pour en être maître. Ses envoyés (un Père Dominicain officier de marine et un petit-fils de Foch, entre autres) furent mitraillés et blessés. Une tentative de débarquement fut reçue à coups de fusils. De Gaulle n'insista pas pour ne pas répandre de sang français. Aujourd'hui on peut le regretter. La prise de Dakar n'aurait pas coûté très cher et aurait rapporté aux alliés l'A.O.F. Mais on espérait alors l'avoir sans coup férir et la menace allemande semblait minime.

Les Forces Françaises Libres débarquèrent au Cameroun et, en Novembre, eut lieu l'opération du Gabon. Cette colonie qui ne s'était pas ralliée créait au flanc de l'A.E.F. une menace insupportable qu'il fallait écarter. L'opération causa très peu de pertes de part et d'autre.

Une compagnie de chars restera immobilisée jusqu'en 43 face à cette menace.

En Décembre, il y eut une autre alerte. On craignit que le gouvernement de Vichy n'attaquât le Tchad en passant par le Niger ; mais la menace se dissipa et les Forces Françaises Libres purent aller en Erythrée faire la guerre aux Italiens, la guerre étrangère, la guerre de libération, leur seule raison d'être.

La campagne d'Erythrée terminée, il eut été facile d'enlever Djibouti. Toujours pour ne pas répandre inutilement le sang français, Djibouti ne présentant pas actuellement de danger pour les alliés, le Général de Gaulle ne tenta pas l'opération.

C'est l'application des accords Darlan 

Mais alors intervint un fait nouveau. L'Iraq, travaillé par nos ennemis, attaqua les garnisons anglaises. L'Iraq n'aurait pas tenu huit jours mais il reçut des avions Allemands et Italiens qui transitèrent en Syrie et du matériel français venu des réserves de Syrie (ce matériel a été trouvé lorsque l'Iraq eut mis bas les armes).

Suez, voie d'accès au pétrole indispensable à la guerre.

En même temps, la chute de la Crète créait une menace très forte sur Chypre et sur Suez. Il fallait à tout prix empêcher les Allemands de mettre la main sur la Syrie et l'affaire d'Iraq montrait qu'il ne fallait pas compter sur le Gouvernement de Vichy pour s'y opposer.

Et voilà pourquoi les alliés entrèrent en Syrie.

En tentant de parlementer, Garbit a été éraflé par une balle.

Nous avons fait de notre mieux pour éviter une lutte fratricide. Par haut-parleurs, au moyen de parlementaires, nous avons tenté d'entrer en relation avec nos adversaires pour leur expliquer notre but. Ils ont méprisé nos haut-parleurs et tiré sur nos parlementaires ...

Garbit se trompe probablement, les avions allemands se sont contentés d'attaquer la flotte britannique.

Pour Garbit, les chefs responsables sont bien évidement les vichystes

Nous regrettons profondément de nous battre contre des français. Mais nous voulons combattre l'Allemagne partout où elle se trouve, elle ou ses alliés. Or les avions de Vichy qui nous mitraillent (et avec quelle ardeur !) sont escortés par des avions Allemands. Nous n'avons pas de haine contre nos adversaires, trompés par leurs chefs et par une propagande diabolique. Dès qu'ils ont mis bas les armes, nous redevenons camarades et la plupart se rallient à nous dès qu'ils comprennent comme on les a trompés. Les responsables sont les chefs, ceux qui savent et qui malgré cela n'hésitent pas à faire s'entretuer les bons français que nous sommes.

Mais nous espérons. Nous avons renoncé, pour longtemps peut-être, à revoir la France et nos familles. Nous souffrons, nous luttons, pour que vive la France!

Haut les cœurs !

Je vous embrasse bien fort.


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