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"...Pierre-Eugène Gilbert et Jean Filliol, mes compagnons de voyage viennent de mourir. S'ils vivaient encore ils ne me démentiraient pas en m'entendant t'assurer que, pour ce qui suivit, il n'y eut pas de malentendu entre nous quand les Panzer entrèrent dans Sedan le 10 mai. Ce que nous savions de notre armée et de nos gouvernants nous interdisait l'optimisme et presque l'espérance.
Officiers de réserve « affectés spéciaux » il était évidemment vain de croire qu'une administration en débandade accepterait de nous voir endosser l'uniforme et d'ailleurs pour aller où? Nous ne pouvions cependant pas, dans ce pays nordique qui avait donné au monde l'exemple de l'héroïsme collectif accepter nous-mêmes de nous conformer à l'abandon national auquel de Paris on nous convia bientôt. Courage? Patriotisme? Esprit de sacrifice? Je ne crois pas que ce soient ces nobles sentiments qui nous aient poussés mais, plus simplement, la colère ... Mais toi, avec tes 18 ans, comprendras-tu?
Une colère folle, permanente, qui nous prenait tous les quatre à chaque nouvelle de la radio, à chaque présentation des actualités cinématographiques allemandes dans les salles où nous entrions en nous dissimulant: la Wehrmacht sur les Champs-Élysées, Beauvais en flammes, le général Giraud la main au képi devant les vainqueurs, tout ce gâchis!...
C'est cette colère et non pas l'Appel du 18 Juin, que nous n'avons pas entendu mais que nous avons connu et qui nous parut fort beau et fort bon, - oui, c'est cette espèce de fureur animale, et cette douleur dans la poitrine qui nous ont contraints et jetés sur la route du sud. ..." Laurent le dimanche 27 décembre 2009 Contribution au livre ouvert de Jean Jules François Filliol | |