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" Dernier Compagnon de la Libération en Côte-d'Or, le commandant Rudolph Robert Eggs parle peu. Il faut pourtant se donner la peine de décrypter ses réponses laconiques qui viennent d'une autre époque. Cette époque est celle de la Libération et ce monde, celui de la Légion étrangère.
Depuis le décès de Maurice Guyot (nos éditions du 1er octobre), le commandant Rudolf Robert Eggs est le dernier compagnon de la Libération de Côte-d'Or. Un titre et une position qui inspirent le plus grand respect aux anciens ; mais qu'en pensent les plus jeunes, aujourd'hui ? Dans quelle mesure d'ailleurs, pouvons-nous comprendre l'engagement de toute cette jeunesse d'alors, qui a libéré la France ? La connaissance livresque que l'on en a ne suffit pas, tant elle semble éloignée du vécu et de la mentalité de cette époque. Et au fond, par ce jeu de miroir que se renvoient les générations, peut-on savoir ce que pense de la France actuelle, le dernier compagnon de la Libération de Côte-d'Or ? Il ne suffit pas de poser la question pour avoir la réponse. Car cette réponse sera indirecte, un peu comme si cette question relevait des convictions intimes.
Une pudeur et une tradition font barrage. Il faut trouver la clé, le rite qui permettra d'entrer. A la question : « Que pensez-vous de la France actuelle, vous qui avez participé à sa libération ? » ; la réponse est sans appel : « Dans la Légion, on n'a jamais fait de politique. On a notre devoir de réserve ». L'homme qui répond ainsi a plus de 91 ans. Passagèrement fatigué, il se tient pourtant très droit dans son siège. Malgré une cécité avancée, son regard bleu est planté dans celui de son interlocuteur. Il ne livrera qu'une bribe de son sentiment. Le commandant Rudolf Robert Eggs, grand officier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération, croix de guerre et croix de guerre des TOE est bien conscient de l'incompréhension de la jeunesse actuelle sur ces événements. Entré dans la Légion étrangère en 1936, comme deuxième classe, il en a gravi tous les échelons, au cours de ses 30 années de service.
C'est avec le grade de commandant qu'il termina cette éminente carrière. L'homme est secret et parle droit. Il énumère ses campagnes, sans aucune forfanterie dans ses propos. Pourtant grande figure dans la Légion étrangère, il fut même dans un passé récent, pressenti pour porter la main du capitaine Danjou (héros de la bataille de Camerone du 30 avril 1863), tout un symbole qui ne se réalisa pas, pour des raisons de santé.
« L'esprit free french n'existe plus »
Quand Rudolf Robert Eggs lâche cette petite phrase au détour de la conversation, on est en alerte : « L'esprit free french n'existe plus ». On comprend alors que cet esprit était celui de la rébellion qui n'acceptait pas une défaite : « On a rempli notre mission sacrée de libérer la France ».
La porte à peine entrouverte se referme tout de suite. L'explication vient pourtant un peu plus tard : « Je ne vois pas ce que vous pouvez dire de plus sur moi. Tout a déjà été écrit. Dans la légion, on va où on nous dit d'aller et j'ai servi avec honneur et fidélité ». Ces mots, bien souvent galvaudés retrouvent toute leur force dans sa bouche. D'autres questions se bousculent. A l'heure où on parle tant des demandes de naturalisation, on est surpris d'apprendre que malgré ses états de service exceptionnels, Rudolf Robert Eggs a conservé la nationalité suisse, pourquoi ? La question l'énerve et le scandalise presque. Il explique qu'il n'a jamais demandé la nationalité française et qu'on ne lui a jamais proposé, mais alors pourquoi ? Réponse : « Legio patria nostra, c'est-à-dire, la légion est notre patrie et on ne parle jamais de nationalité ». Vient forcément une autre question : « Encourageriez-vous un jeune à entrer dans la légion ? », réponse : « Chacun est libre et fait ce qu'il veut ». Chacun est libre. C'est dit par un « Français de la France libre ». Comme les mots honneur, fidélité et devoir ; prononcés par le commandant Eggs, ils prennent une saveur inconnue et une force nouvelle. Finalement, esquivant nos questions, le commandant Eggs nous en a plus appris que n'aurait pu le faire un long discours.
Franck BASSOLEIL
Dernier Compagnon de la Libération en Côte-d'Or, le commandant Rudolph Robert Eggs parle peu. Il faut pourtant se donner la peine de décrypter ses réponses laconiques qui viennent d'une autre époque. Cette époque est celle de la Libération et ce monde, celui de la Légion étrangère. "
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Laurent Laloup le jeudi 01 novembre 2007 Contribution au livre ouvert de Rudolf Robert Eggs alias Goldbin | |