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Eliane Brault, un parcours au féminin... Eliane Brault , un parcours au féminin, radical, antifasciste, progressiste, maçonnique et féministe (1895-1982)
Auteur Eric Nadaud
Éric Nadaud, ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’histoire, maître de conférences à l’université d’Orléans, a soutenu un doctorat d’histoire contemporaine sur « Une tendance du Parti socialiste SFIO, la Bataille socialiste, 1921-1933 » (sous la direction de Serge Berstein, 1988). Il poursuit ses recherches sur le socialisme de gauche unitaire en France de 1921 à 1958, ainsi que sur les pratiques militantes et symboliques socialistes, tout en collaborant à la rédaction du Dictionnaire biographique Mouvement ouvrier Mouvement social (le « Maitron », 12 volumes, sous la direction de Claude Pennetier, aux Éditions de l’Atelier).
Résumé
Éliane Brault fut une responsable politique en vue dans les milieux de gauche et la franc-maçonnerie, des années 1930 aux années 1970. Elle appartint à la direction du parti radical ainsi qu’à celle de plusieurs organisations antifascistes, et fit partie de plusieurs cabinets ministériels dans les années 1930, fut officier de la France libre de 1941 à 1945, prit part à la direction de divers formations socialistes de gauche et « progressistes » à partir de 1948, et joua un rôle important dans la franc-maçonnerie féminine. Son histoire se confond avec celle de la gauche, de l’antifascisme et de la Résistance. Elle rejoint aussi celle du féminisme, à la fois parce qu’elle combattit pour l’émancipation des femmes, et parce qu’elle-même s’appliqua toujours à militer à un niveau élevé de responsabilité.
C'est à lire ici : Éric Nadaud « Eliane Brault, un parcours au féminin, radical, antifasciste, progressiste, maçonnique et féministe (1895-1982) », Histoire@Politique 3/2009 (n° 09), p. 98-98.
URL : www.cairn.info/revue-histoire-politique-2009-3-page-98.htm. 
DOI : 10.3917/hp.009.0098. laurent le mercredi 09 décembre 2015 Réponse : J'en extrait ce qui concerne son action dans la France Libre :
"Le 30 mars 1941, elle réussit à s'évader et gagna Londres en juillet, avec son fils cadet, au terme d'un périple de quatre mois qui la fit passer par l'Afrique du Nord et Gibraltar. Elle entra aussitôt dans les Forces françaises combattantes. Elle eut une entrevue avec le général de Gaulle, dont elle avait suivi en France les appels à la radio. Bien qu’elle n’eût pas « le fétichisme d’un homme », elle fut impressionnée. Elle le vit comme un chef d’une « haute valeur », comme l’« âme de la France » et crut en lui « comme en la victoire »
Ses souvenirs montrent combien il était important pour elle de jouer un rôle utile, mais qui fût aussi à la mesure de ses compétences et qui lui conférât une autorité. Ayant constaté que les problèmes sociaux ne faisaient l'objet d'aucune prise en charge au sein des Forces françaises libres, elle soumit à la France libre un projet visant l'organisation d'un service d'infirmières et d'assistantes sociales. Elle fut convaincante. Le 8 août 1941, un service d'assistance sociale fut créé, dont l'activité devait s'exercer en Grande Bretagne, dans les territoires alliés et dans les zones d'opérations militaires où l'assistance aux populations serait possible. Elle en reçut la direction, avec le titre de « Chef du Service social et des Assistantes sociales », et le grade de capitaine. Elle organisa en cette qualité le regroupement et l'instruction en Angleterre d'une cinquantaine d'infirmières et assistantes sociales.
Un trait notable de son engagement fut qu’elle voulut constamment accompagner les combattants, au lieu de rester dans des emplois de bureau. En mars 1942, sur ordre de René Pleven, elle conduisit un détachement de ses recrues dans les territoires libérés, d’abord à Brazzaville, où elle en confia une partie aux Forces françaises libres (FFL) d'Afrique équatoriale française et, ensuite, à Beyrouth, où elle remit en juin 1942 l'autre partie de ses recrues aux services du général Catroux, auprès de la 1 ère division française libre (DFL). Une fois sa mission remplie, elle resta quelque temps en Égypte, où elle chercha à créer une unité d'assistance sociale pour le Proche Orient. Faute d’y parvenir, elle partit en novembre 1942 comme infirmière pour l'URSS, où elle rallia la première équipe des aviateurs de l'escadrille « Normandie », germe de la future escadrille « Normandie-Niemen ». La relation qu’elle en livra, dans U.R.S.S., terre inconnue…, montre que l’épisode renforça sensiblement son philosoviétisme. Elle revint au Caire en octobre 1943, puis rejoignit Alger en avril 1944, où elle fut réintégrée comme chef de bureau au ministère de la Santé publique.
Après avoir mené une mission exploratoire en Italie, où progressait le corps expéditionnaire français, elle reçut l'autorisation de créer une nouvelle unité, dite « Liaison-Secours », composée de volontaires de professions médicales et paramédicales, qui fut placée sous sa direction et intégrée au sein des auxiliaires féminines de l’armée de terre (AFAT), avec la mission d'apporter assistance et premiers soins aux populations civiles « libérées » et d’en assurer l’évacuation au cours de la reconquête du territoire. En tant que chef de ce service, et « officier de liaison administrative », toujours avec le rang de capitaine, elle recruta et instruisit elle-même plus de deux cents infirmières et assistantes sociales. À la tête d’une centaine de volontaires, elle accompagna la 1 ère armée française du général de Lattre de Tassigny, de son débarquement en Provence, en août 1944, jusqu'en Autriche, en mai 1945. Elle se distingua lors du bombardement par les Allemands de la ville alsacienne de Thann, du 25 au 28 décembre 1944, en organisant elle-même, dans des conditions périlleuses, le ravitaillement et l'évacuation d’une partie de la population civile. En Allemagne, elle assura les premiers contacts avec les prisonniers et déportés rencontrés par l'armée, et leur répartition entre les organismes compétents. Une fois l'armistice conclu, elle resta de juin à novembre 1945 aux Armées, en Forêt noire où, après s'être fait donner une mission en ce sens, elle mit en place un réseau de colonies de vacances qui permit à des dizaines de milliers de petits Français de trouver un séjour à partir de juillet 1945. Son engagement durant cette période lui valut de recevoir la Médaille des évadés, trois citations, ainsi que la Croix de guerre, et d'être promue en 1947 dans l'Ordre de la Légion d'honneur, au titre militaire, du grade de chevalier, acquis en novembre 1936, à celui d'officier."
Contribution au livre ouvert de Eliane Anita Elisabeth Brault épouse Gallié / Sabourdin | |