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Deux fois rebelle Pierre, Georges OLEON fut un personnage à part dans l’histoire, compliquée, des Forces aériennes françaises libres.
Né le 11 mars 1911 à Alger, bachelier première partie, il est diplômé de l’école polytechnique d’assurances de Paris. Il effectue ensuite son service militaire à partir de 1933 pour une durée de deux ans. Dans les années qui suivent, il semble qu’il ait été domicilié au Chili où il aurait exercé la profession d’administrateur de fonds. Mobilisé ou engagé volontaire pour la durée de la guerre, après septembre 1939, il est en juin 1940, soldat élève pilote lorsqu’il embarque avec ses camarades de l’école de pilotage n° 23, dans la nuit du 18 au 19, à Douarnenez sur le Langoustier « Le Trébouliste ».
Arrivé en Angleterre, volontaire élève pilote, il est incorporé dans la « Légion de Gaulle » - c’est le nom à l’époque - pour compter du 1er juillet 1940, et prend le pseudonyme de Pierre ORLEMONT, nom sous lequel il sera connu par la suite.
Il recevra plus tard, lorsqu’ils seront créés fin 1940-début 1941, le matricule 30.298. Il est nommé sergent pour compter du 1er septembre. Le 11 décembre 1940, il rejoint l’école franco-belge sur la base d’Odiham avant d’être muté à la 3 Elementary Flying Training School de Watchfield le 15 février 1941, afin de continuer sa formation d’élève pilote. Quelques mois plus tard, il rejoint la 5 Service Flying Training School à Ternhill. Nommé sous-lieutenant pour compter du 26 juin 1941, il recevra ses « Wings » de pilote fin juillet avant d’être transféré au 56 Operational Training Unit dans les tous premiers jours du mois d’août.
Enfin qualifié comme Fighter Pilot, il rejoint le 79 Madras Presidency Squadron où il arrive sur la Station de Fairwool Common le 23 septembre. Le Squadron est sous les ordres du Squadron Leader J.D. HAYSOM.
En octobre 1941, en plus de Pierre ORLEMONT, il y a quatre autres pilotes FAFL en service au 79 Squadron, ce sont les sous-lieutenants Marc HAUCHEMAILLE et Claude HELIES, l’adjudant Noël NIOLOUX et le sergent-chef Gaston DANIELO qui sont arrivés de divers OTU.
Début novembre, Marc HAUCHEMAILLE est muté, un peu à contre cœur il faut le préciser, au tout nouveau 340 Free French Squadron « Ile de France ». Comme beaucoup il n’est pas très enthousiaste de se retrouver dans une unité purement française. Son Commanding Officer, le Squadron Leader G.L. SINCLAIR tente de s’opposer à cette mutation mais rien n’y fait. HAUCHEMAILLE obéit et rejoint sa nouvelle affectation.
Quelque temps plus tard, le S/Ldr SINCLAIR est muté et remplacé par le Squadron Leader C.D. SMITH DFC, 25 ans. Il ne restera pas longtemps à la tête du Madras Présidency Squadron car le 22 décembre, au cours d’une patrouille au large de la côte sud de l’Irlande, il entrera en collision avec un hydravion bimoteur ennemi He 115 et sera porté disparu en mer. Il sera remplacé par un as de la RAF, le Squadron Leader A.V. CLOWES DFC DFM. Ancien sous-officier au 1 Squadron pendant la Battle of Britain, il était crédité de 10 avions ennemis détruits plus cinq probables.
Au début de l’année 1942, le 79 Squadron est désigné pour faire mouvement sur l’Extrême Orient où les très durs combats contre les Japonais sont quasiment en train de décimer les unités de la Royal Air Force. Mais de GAULLE et VALIN ne veulent pas que les aviateurs français servent « Over Sea », en dehors des unités de la France libre. C’est pourquoi, à la mi-janvier 1942, DANIELO, HELIES et NIOLOUX sont mutés dans diverses unités de la RAF stationnées en Grande-Bretagne. Ils seront tous abattus et portés disparus en 1942, ainsi que leur camarade HAUCHEMAILLE. Seul NIOLOUX aura la chance, si l’on peut dire, de survivre et d’être fait prisonnier. Cette chance l’abandonnera en 1953 en Indochine.
Au 79 Squadron, le sous-lieutenant Pierre ORLEMONT n’est pas d’accord avec sa mutation et refuse d’obéïr. L’état-major français ne voulant rien savoir, de sa propre initiative il décide de quitter les FAFL pour suivre ses camarades.
En février, le Squadron Leader CLOWES est muté au Moyen-Orient et remplacé par le Squadron Leader C.A. JONES qui sera chargé d’emmener son unité outre-mer et la commandera pendant les deux prochaines années. En mars, le 79 Squadron embarque au complet à destination des Indes où le navire qui le transporte arrivera, sans encombre dans le courant du mois de mai. En juin, après avoir perçu des Hurricanes, le Squadron est, de nouveau, classé opérationnel.
Nous n’avons guère d’informations sur la carrière de Pierre ORLEMONT à partir de son affectation aux Indes. En mai 1944, probablement mis au repos après un long tour d’opérations, il est présent comme pilote de Defiant au 1 Air Gunners School de la Royal India Air Force, à Bhopal, toujours aux Indes. Malgré nos recherches, nous ne savons pas ce qu’il est devenu. Il ne recevra aucune décoration française, probablement pour avoir « osé » désobeïr et quitter la France libre afin de continuer le combat avec ses camarades de la RAF. L’histoire jugera.
NB : ORLEMONT et ses camarades français du 79 Squadron ne seront pas les seuls FAFL obligés de quitter leur unité désignée pour servir outre-mer, et ce, le plus souvent, la mort dans l’âme. Mais il semble que le sous-lieutenant ORLEMONT ait été le seul à quitter les FAFL. Pourtant, et curieusement, et sans que l’état-major de Londres semble avoir soulevé la moindre objection, des pilotes du Coastal-Command, tels que GUEDJ, WEIL, HOUDIN, etc…, serviront occasionnellement à Malte ou en Afrique du Nord avec leur Squadron. Le sergent-chef Gérard HOUDIN y sera même porté disparu en opérations aériennes sur la Méditerranée, au large de Tobrouck, aux commandes d’un Beaufighter du 272 Squadron le 14 juin 1942.
Yves MORIEULT - Metz - juillet 2007. Yves MORIEULT le samedi 12 décembre 2009 Contribution au livre ouvert de Pierre Georges Oléon alias Orlemont | |