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Dernière charge à Umbrega

 

Dans "Calots Rouges et Croix de Lorraine"

 

Page 18

Les singes cynocéphales, sympathiques et peu farouches, n'hésitaient pas à pénétrer dans le bivouac pour chercher à s'emparer du doura des chevaux et il fallut s'en défendre. ils jouaient un rôle non négligeable dans les opérations, car, dérangés dans leur quiétude par l'approche de patrouilles, ils les signalaient par leurs mouvements et leurs cris.

Avant l'arrivée de l'escadron, les Anglais se bornaient à envoyer une patrouille d'observation à Zuhani, à 13 km d'Abou-Dérissa d'où les vues sur la vaste clairière au nord du Sétit et sur le plateau sud, assez découvert, étaient excellentes. Pendant trois semaines, l'escadron allait patrouiller dans toutes les directions, nord et sud de cette rivière, pour reconnaître le terrain et ses pas sages plus ou moins faciles, et à la recherche d'un ennemi insaisissable.

Les patrouilles s'enfonçaient bien après la frontière et poussaient jusqu'à 30km au-delà lorsqu'elles étaient à cheval, ou 50 en "pickup". Le 27 décembre, une patrouille à cheval de 7 spahis commandée par le M.d.L. chef Ballarin se heurta à une cinquantaine d'Italiens. La charge s'imposait mais l'ennemi s'évanouit et la charge ne rencontra que le vide. La conclusion fut que l'ennemi ne semblait guère s'aventurer au delà de la piste passant par Om Ager, parallèle au Sétit et à une trentaine de km au sud. Le bataillon indien (du 10e Béloutche) n'avait pas besoin d'en savoir davantage, mais les spahis voulaient en découdre. Pour aborder les Italiens, il allait donc falloir les prendre par surprise.

C'est ce qui se passa le 2 janvier 1941. Un passage favorable sur la rivière avait été reconnu à quelques kms à l'est de Zuheni. Il semblait permettre par le sud un accès facile dans le fort massif boisé que traversait la grande piste d'Om Ager. Une compagnie "d'askaris" érythréens, qui était en train de miner la piste y fut totalement surprise de flanc par deux pelotons de spahis, mais la tentative de débordement faite au galop sur ses arrières échoua en raison du terrain trop couvert. Un spahi dont le cheval avait été tué en bordure du campement italien réussit à tuer deux Erythréens et à en blesser un troisième qu'il captura. Le reste du détachement italien s'était volatilisé.

Le commandant d'escadron demanda alors par estafette le renfort en camionnette de son troisième peloton resté au camp. il le vit arriver suivi de deux sections béloutche. La marche vers l'est repris aussitôt. D'un point dégagé, on aperçut l'ennemi sur le plateau à moitié découvert d'Umbrega. Les sections béloutche restant en appui, le peloton Villoutreys s'élança alors à l'attaque à pied. Pendant ce temps, le capitaine Commandant emmena au galop, sabre à la main, ses deux pelotons à cheval pour contourner et prendre à revers le plateau. Le peloton Morel Deville galopa verrouiller le passage vers le Sétit où s'était révélé un fusil-mitrailleur, pendant que l'adjudant Arainty, avec son peloton de Marocains chargea droit sur le plateau une section d'Erythréens. La plus grande partie réussit à s'échapper à travers de hautes herbes, mais l'ennemi laissa sur le terrain 10 tués et 3 prisonniers, dont 2 blessés. Chez nous, le spahi Mohamed ben Ali avait reçu une grenade percutante en pleine figure. Ce Soussi mérite une mention particulière car il fut le premier tué au combat des forces terrestres de la France Libre. Il fut enterré à Abou Dérissa. Cette journée, où l'ennemi perdit au total 12 tués et 4 prisonniers dont 3 blessés, vit une des dernières charges de la cavalerie française dans l'Histoire.

Les enseignements tirés par le Capitaine en fin de jour née furent : "Cette brève opération prouve que dans un terrain couvert qui rend le tir difficile et facilite le corps à corps, la cavalerie conserve tout l'avantage de sa mobilité; le règlement en profitera" !... De fait par la suite, les possibilités d'infiltration données par les chevaux seront souvent regrettées, en Tunisie, en Normandie, en Lorraine.

La conclusion anglaise fut d'accompagner leurs félicitations par l'attribution de fusils-mitrailleurs Vickers Berthier qui devaient être d'un excellent usage le 18janvier.

Ce jour-là, la veille de l'offensive britannique contre l'Erythrée, les Britanniques craignaient une attaque venant d'Om Ager. Voici comment cette journée fut vécue par le capitaine Jourdier :

"L'escadron doit chercher le premier contact droit sur Om Ager, localité d'où l'ennemi semble se mettre en mouvement. Dans la traversée d'un petit bois situé en avant d'un vallon découvert qui semble aux environs de la frontière, la patrouille de pointe essuie quelques coups de feu d'une patrouille italienne qui se replie rapidement et ne peut être saisie par les flancs. Cela amène nos patrouilles de l'autre côté du vallon sur une ligne d'avant-poste continue devant laquelle elles s'engagent au combat à pied. Si l'incident se passe bien à la frontière, soit à moins de 15 km d'Om Ager, l'ennemi ne semble ni en mouvement ni offensif; mais il ne s'agit pas de se laisser accrocher, aussi le commandant d'escadron ordonne-t-il aussitôt le ralliement. Or, de l'autre côté du petit bois, sur une clairière en cuvette de 3 km de large, un escadron de cavaliers érythréens, appuyé par le tir de plusieurs F.M. hors de portée, débouche au galop plein sud et nous coupe la retraite. On en voit d'autres se profiler sur le revers du plateau d'Umbrega qui barre la cuvette à l'ouest. Le repli dans le "Kerib" s'impose; il s'y trouve heureusement un gué facile d'accès par le nord non par le sud. Les 3 nouveaux F.M. se montrèrent extrêmement utiles pour assurer la dérobade de l'escadron coincé de toutes parts. Dans le combat rapproché, à cheval et à pied, l'ennemi a perdu 3 tués et 3 blessés certains, sans compter les pertes infligées à courte portée par un de nos F.M. à un peloton de cavaliers ennemis. Le sous-officier, qui portait un nom facile à retenir : "HITTLER", chef de cette pièce, est blessé au moment où il remonte à cheval après la dernière rafale. Auparavant 2 spahis avaient été gravement blessés par mine; ils durent être amputés. il y avait du côté italien 1 bataillon et 2 escadrons à cheval, nous ne leur avons laissé que 4 carcasses de cheval".

Cela se passait à 30 km à vol d'oiseau du camp d'Abu Deri. Le Lendemain les Britanniques soufflaient et affirmaient que cette action avait mis un terme au mouvement ennemi qu'ils craignaient.

L'offensive britannique était alors lancée, la 5eme Division indienne ayant été renforcée par la 4eme La flanc-garde sud se porta en deux temps sur Om Ager, pris sans combats le 2 février. Il n'y avait eu que des escarmouches sans grand intérêt. L'escadron ne rencontra plus l'ennemi qui semblait avoir disparu. De fait, les Italiens avaient replié leurs troupes jusque dans la région de Kéren où se préparait une forte résistance. Les spahis se portèrent jusqu'en avant d'Agordat où ils furent présentés au général de Gaulle le 31 mars 1941.

Quelques jours plus tard, l'escadron recevait un important renfort. Il était composé de gradés et d'hommes de troupe d'origine européenne ou nord-africaine qui avaient été évacués de Dunkerque dix mois auparavant et étaient restés en Angleterre, souvent pour y être soignés pour blessure. Il fallait les amalgamer et réorganiser l'escadron, opération qui ne permirent pas aux spahis de participer avec la Brigade Française d'Orient aux combats de l'Engiahat et de Keren les 27 mars et 8 avril, et à la prise de Massaouah le 8 avril.


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