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Les Accords Darlan

 

Les "Accords Darlan" ont-ils été appliqués ?

 

On lit souvent que les accords Darlan sont restés "lettre morte". Est-ce vrai ? Les accords Darlan comportaient plusieurs points. Certains ont bel et bien été mis en oeuvre. Et nous verrons que pour certains acteurs, l'espoir de les appliquer complètement a duré plus longtemps qu'il n'est resté dans notre mémoire.

L'esprit des "Accords Darlan"

Au printemps 1941 l'Allemagne semble triomphante sur tous les terrains. L'amiral Darlan, qui dirige le gouvernement du Maréchal Pétain écrit : "Il faut que la France redevienne, dans le cadre européen à prépondérance allemande, une nation cohérente et disciplinée."

L'amiral reprend donc les négociations initiées à Montoire et interrompues au moment de l'éviction de Laval. En contrepartie de ses offres concrètes de collaboration, il espère un assouplissement de la ligne de démarcation, une réduction des frais d'occupation et la libération d'un grand nombre de prisonniers

Darlan rencontre Hitler à Berchtesgaden et celui-ci lui fait clairement comprendre que l'Allemagne n'a pas besoin de la France pour gagner la guerre, mais que la collaboration pourrait, tout au plus, réduire la durée de cette dernière. Il faut, si elle veut être un des alliés de l'Allemagne, que la France fasse d'abord la preuve de sa bonne volonté."

Le message est clair. La France n'obtiendra rien pour le moment puisque l'Allemagne n'a pas besoin d'elle, mais la France a quand même intérêt à collaborer.

Et c'est effectivement ce qui va se passer. L'amiral n'obtient quasiment rien. Les accords sont donc bel et bien lettre morte dans ce sens, mais par contre, l'Etat Français tentera de montrer sa bonne volonté en appliquant les accords chaque fois que ce sera possible.

Application en Syrie

C'est au Général Dentz qui commandait les forces de Vichy en Syrie et au Liban, que revint la tache délicate d'appliquer ces accords. Mais ce ne fut pas sans soutien moral.


Le général Dentz


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Télégramme départ Vichy, 15 mai 1941 à 16h30

Le maréchal Pétain chef de l'Etat à monsieur le général Dentz haut-commissaire de France en Syrie 635

L'amiral de la flotte Darlan vous a télégraphié hier au sujet des négociations franco-allemandes.

Je tiens à insister personnellement sur la haute portée de ces négociations et sur la volonté que j 'ai de poursuivre sans arrières-pensées la politique qui s'en dégage.

L'allusion faite à la Syrie doit vous confirmer dans votre désir de défendre par tous les moyens, le territoire placé sous votre autorité, d'assurer comme à Dakar la liberté de son ciel, d'y donner dans des conditions que je sais politiquement et matériellement délicates, la mesure de notre désir de collaboration à l'ordre nouveau.

Je vous fais confiance. Ph. Pétain.

* * *

Ce n'est donc pas un territoire Français que Dentz est chargé de défendre, mais les chances de l'état Français de trouver sa place dans l'Europe nazie, en collaborant suivant les accords Darlan.

L'application de tels principes est, bien entendu, délicate. Il ne faudrait pas que les troupes qui sont sous son commandement comprennent le rôle que Dentz va leur faire jouer. Sinon accepterait-elles de combattre pour les Allemands ? C'est d'ailleurs en pesant ce risque que Dentz renoncera à se faire aider par la Luftwaffe, pendant les combats qui vont suivre.

Un préambule aux accords précise :

Cession à l'Irak, contre paiement, du matériel stocké en Syrie jusqu'à concurrence des trois quart du dit matériel, exception faite des armes nécessaires à la défense immédiate de la Syrie

Seront livrés : 66 camions d'essence, 295 tonnes d'armes et munitions, une batterie de 75 et une de 155.

Pour la durée de l'état des choses actuelles en Irak, escale et ravitaillement d'avions allemands et italiens, avec octroi à l'armée de l'air allemande, d'un point d'appui dans le Nord de la Syrie (Alep).

Les avions allemands et italiens atterrissant en Syrie pour y être ravitaillés ou réparés consommeront de 10 000 à 24 000 litres par jour pendant le mois de mai 1941. Il seront placés sous la protection de la DCA Française et d'une escadrille de chasse.

Mais au delà des accords écrit, c'est la demande d'Hitler "que la France fasse la preuve de sa bonne volonté" qui sera respectée quand les Français Libres et les Britanniques entreront en Syrie. L'armée obéissant à Vichy se défendra énergiquement.

En six semaines de combats, les pertes seront de 3 500 morts, blessés ou disparus sur un total d'environ 30 000 combattants pour l'armée vichyste.


Detz (cerclé de rouge) derrière Pétain


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Ce que dit Rudolf Rahn

... je fis un rapport écrit concluant que nous avions perdu en Irak et en Syrie une chance décisive d'en terminer avec la guerre. Une nouvelle chance se présentait peut-être en Afrique du Nord. Hitler lut le rapport sans se prononcer. Puis, je lui fus présenté devant son Bunker "Je vous ai abandonné là-bas en Syrie, dit-il, je le sais."

Que pouvais-je répondre? Je fis mes adieux et retournai à Paris.

Abetz m'y demanda de lui donner mon impression sur le quartier général. Je lui répondis par une citation géorgienne: "Personne ne pousse plus à la roue qui roule vers le vide."

Le lendemain, je me rendis à Vichy sur une invitation de l'amiral Darlan. Ce n'était pas avec le coeur léger. Le gouvernement français avait joué gros pour la politique de collaboration et n'avait rien gagné. Du sang français avait en effet coulé contre tout bon sens et sans résultat, et je m'en sentais quel- que peu responsable. En admettant même que Darlan me fasse des reproches, je tenais à lui être présenté personnellement.

C'est alors que la surprise se produisit. Je fus invité par Darlan à prendre le petit déjeuner chez lui. Dans l'antichambre, se trouvaient rassemblés en un grand demi-cercle presque tous les membres du cabinet français et de l'état-major, avec Darlan au centre. Il tint un court discours: "Vous avez agi honnêtement à l'égard de la France, et vous avez montré pour la première fois dans l'histoire pas trop ancienne qu'une fraternité d'armes franco-allemande était possible. Ainsi l'armée du Levant a pu sauver l'honneur des armes françaises, même si nos espoirs ne se sont pas réalisés. Cela, nous vous le devons." Au moment de me mettre à table avec Darlan, un orchestre militaire commença à jouer l'hymne national allemand sous la fenêtre, dans le jardin. Ce fut la dernière fois que j'entendis ainsi cet hymne.

Après le déjeuner, nous nous retrouvâmes dans le jardin avec le ministre de la Guerre, Huntzinger, et le général Dentz qui se réjouit qu'au moins un petit contingent de prisonniers de guerre en Allemagne fût libéré et pût rentrer en France. Puis, je parlai encore un court moment avec Darlan. "Votre Führer ne comprend-il donc pas, s'écria-t-il très énervé, qu'il ne pourra pas gagner la guerre avec ces méthodes ni même la terminer ? Cela nous laisserait froids, nous autres Français, s'il ne devait en résulter que la défaite de l'Allemagne. Mais cela conduira tôt ou tard à la perte de l'Europe - tout au moins de l'Europe que nous aimons. Si la France obtient une paix dans l'honneur et l'assurance de la conservation de son Empire, elle sera prête à apporter une contribution loyale à l'achèvement de la guerre. Je barrerais le détroit de Gibraltar avec notre flotte et je mettrais en route, en direction du canal de Suez, les cent cinquante mille hommes que nous avons sous les drapeaux en Afrique du Nord - Si vous le voulez, sous le commandement de Rommel."

J'étais très surpris, car après l'expérience syrienne, ce langage était plutôt surprenant. Cette proposition avait-elle été faite vraiment avec tout le sérieux désirable? Et que pouvait-il en espérer s'il s'agissait d'une feinte?


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Application en Afrique du Nord

Au chapitre "Afrique du Nord" des accords on peut lire :

e) Accord de principe pour la cession, contre paiement, d'artillerie lourde, de pièces d'artillerie de cote et de quantités correspondantes de munitions à prélever sur les stocks existant en A.N. Pour le moment des stocks suffisants seront laissés dans le parcs pour permettre, en cas de besoin, de renforcer la défense de l'Afrique du Nord française.


Le témoin le plus crédible en la matière est probablement le général Weygand lui même qui écrit dans ses mémoires "Rappelé au service" :

Le 3 juin 1941 les Allemands de Wiesbaden réclament l'exécution d'un accord conclu à la fin de mai par l'amiral Darlan pour la cession de matériel d'artillerie lourde. La D.S.A. demande à Alger un inventaire de ce qui, d'accord avec moi, peut être cédé. Le 13, le colonel Gross propose 39 canons de 95, 33 canons de 120, c'est-à-dire du vieux matériel du siècle dernier, en signalant l'impossibilité de fournir du matériel de traction. Il présente naturellement une demande de contre-parties. Le 17, déception et dépit des officiers allemands chargés d'examiner ce matériel. Le 19, Wiesbaden demande du matériel plus moderne. Le même jour je refuse de proposer des obusiers de 155 court, mais je suis avisé que le gouvernement a déjà accepté de céder 12 pièces de ce calibre avec 1.000 obus par pièce. Je demande en vain à n'en livrer que 500. Après maints retards le colonel Gross doit signer le 21 juillet un contrat pour 12 pièces et 12.000 coups. Mais le 24 les Allemands réclament 20 pièces, quantité que le gouvernement accorde le 6 août. Des semaines se passent en discussion entre D.D.S.A. et Wiesbaden au sujet des contre-parties que nous réclamons. Le 4 novembre, le gouvernement me fait prévenir qu'il a décidé de passer à l'exécution. Le 1l décembre, un nouveau contrat est signé à Wiesbaden pour les obusiers et leurs munitions. La livraison est terminée le 27 décembre. Ainsi une négociation, qu'il a été impossible d'empêcher, commencée en mai 1941 n'a abouti, grâce aux freinages des autorités de l'Afrique du Nord et de la D.S.A., qu'au bout de sept mois, et plus d'un mois après mon départ.

Ainsi, Weygand reconnaît les livraisons d'armes. C'est une défense classique que de prétendre avoir fait moins que ce qui était demandé, mais nous retiendrons que des armes ont été livrées avant l'offensive de Rommel du printemps 1942 et que parmi les obus qui tombèrent en pluie sur les Français Libres de Bir Hakeim, il y eut probablement des obus français sortant de canons français.

Comme prévu, Les troupes ayant déjà combattu en Syrie s'opposèrent activement au débarquement américain. Bilan : un peu moins de mille morts chez les anglo-américains et un peu plus chez les Français

Application en Tunisie

Les accords Darlan prévoyaient également que les ports de Tunisie seraient mis à la disposition des forces de l'Axe. Weygand s'y opposa plus fermement qu'à la livraison de canons. Quand les Américains débarquèrent en Afrique du Nord, l'amiral Darlan, réalisant que l'équilibre des forces avait changé, se rangea finalement à leur coté. Les accords qui portaient son nom furent-ils pour autant définitivement caduques ?

En Tunisie, les Italiens et les Allemands arrivèrent par les airs et par mer dans le port de Bizerte. L'amiral Esteva,  commandant les forces françaises, ne s'y opposa pas et si la plupart de ses troupes parvinrent à se retirer, ce ne fut que sur la pointe des pieds.

Sans combats, les Allemands purent donc disposer des ports tunisiens et y débarquer d'importants renforts. Parmi ces renforts, il y eut même quelques Français : la Phalange Africaine 


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